LA GENDARMERIE DES FRONTIERES ET SES INSIGNES
(15 Décembre 1936 à Juin 1940)

ZIELINSKI Richard

Mise en page pour le net MAGUET Jean-Pierre

 

Si dans L'armée de Terre et l'aviation les premières ébauches d'insignes se sont matérialisées vers la fin du premier conflit mondial, ils ne sont apparus dans la gendarmerie que vers la fin dès années 1930, Ce retard dans la pratique de l'usage de signe distinctif est sans doute dû à la dispersion des unités mais aussi à une absence de besoin en signes de reconnaissance vers l'extérieur tant cette institution est impliquée dans la vie sociale et administrative.
Le gendarme était alors un personnage respecté et important dans la vie quotidienne des habitants des villes et villages.
Les premières marques qui vont apparaître seront le témoignage d'une particularité missionnelle, matérielle ou territoriale* En fait, moins de dix insignes sont identifiés pour la période allant de 1933 à 1940 et tous répondent à cette typologie et non à une volonté identitaire découlant d'une norme.
Au sein de ce groupe limité de pièces mythiques pour les collectionneurs, on peut en identifier deux qui sont l'expression d'une mission importante pour la gendarmerie : la surveillance des frontières.
En effet l'institution exerce une surveillance continue dans le temps et dans l'espace sur tout le territoire national 2.
Sur le plan historique la dispersion et la densité des unités prédisposent tout naturellement La Gendarmerie à exercer cette mission et héritage n'a pas échappé au gouvernement, qui par décret du 12 novembre 1938 crée les brigades de gendarmerie-frontière" Le rapport adressé par le président du Conseil Edouard Daladier au président de la République justifiait cette création dans les termes suivants :
" il ne manque plus maintenant, (…)- que d'Assurer maintenant à la frontière un barrage solide qui permette d'exercer un contrôle absolu à l'accès de notre territoire et de rendre pratiquement impossible les entrées clandestines de tels résultats, (…) ne peut être atteint que par la formation de Gendarmerie spécialisées qui sont dénommées " Brigades de Gendarmerie -Frontière "
Signalons que le décret prévoit des effectifs autorisés de 1 500 militaires au maximum et que les dépenses occasionnées par ces créations seront compensées par le relèvement des taxes sur les cartes d'identités !
Les premières unités mises sur pied le seront dans l'Est au sein de la 4e légion de Garde Républicaine mobile (LGRM), Cette légion implantée en Alsace-Lorraine dispose déjà d'un insigne de corps créé par le colonel Vhol, et fabriqué par les établissement Arthus-Bertrand (1), Cette pièce servira de base pour la création d'un insigne, créé fin 1938, pour les brigades de gendarmerie-frontière et mis en fabrication en 1939 par la société précitée.
La seconde pièce relevant directement de la mission de veille aux frontières est celle du Peloton Frontalier de la 4ème LGRM.
Cet insigne est une création pleine d'esthétique qui témoigne assez bien de la pureté du style militaire de l'époque en matière symbolique.
La grenade d'or évoquant la GRM est détourée, son panache est associé à une croix de Lorraine et une cigogne, les lettres G et F aux nuances azur et de gueules sont entrelacés et évoquent avec le fond d'émail blanc les Couleurs Nationales (3)
Clin d'œil de l'histoire, ou prémonition le lecteur non averti s'étonnera de la présence se la croix de Lorraine sur les insignes. Elle n'évoque ici qu'un territoire et ne constitue pas encore le symbole de la lutte et la Résistance. Cette croix deviendra par la suite le flambeau de la France Libre.
A la veille de la seconde guerre mondiale, ces insignes témoignent de l'état d'esprit de leur concepteur et de ceux qui furent fiers de les arborer sur leur uniforme : l'attachement indéfectible au territoire national et à sa protection ainsi que la foi infaillible en la mission.
Huit officiers et 429 chefs de brigade et gendarmes tel est l'effectif de la Compagnie de gendarmerie de Moselle à la veille de la seconde guerre mondiale. Composée de 7 sections et 66 brigades la Compagnie elle est commandée par le chef d'Escadron Valty et dépend, depuis 1919, de la Légion d'Alsace et de Lorraine dont le siège est à Strasbourg.
Installée à Metz, d'abord à la caserne Coislin, puis à la caserne Féraudy [1] rempart des Allemands, la Compagnie occupe fin 1938 un bâtiment militaire 5 rue aux Ours.

 

Metz : Caserne Coislin (Carte expédiée en Février 1920)
A noter la traduction en anglais : Coilin's Barracks.(CASERNE Coislin)
Les militaires britanniques des Forces d'Occupations en Allemagne (qui héritent du secteur de Cologne) ont eu le temps de faire du tourisme de 1918 à 1926 dans la région…

 

Caserne Féraudy. Metz
A noter ici l'appellation en allemand de la caserne baptisée : Caserne allemande Thor. Avec au 1er plan un défilé de casques à pointe du XVIème Corps.
Source Wiki.

 

Motocyclistes prêts à démarrer avec des gants à crispin (Manchette de cuir épais cousue à certains gants afin de protéger le poignet )

 

Metz 14 Juillet 1939 le dernier défilé de la compagnie de Moselle avant le " cataclysme " de 40 Collection Paul De Busson.

 

Splendide et Rarissime insigne du Peloton Frontalier de la 4ème L.G.R.M.
Insigne en forme de Grenade de Casque : sur la flamme une Cigogne en vol avec le bec et le bout des pattes rouges ainsi qu'une Croix de Lorraine émaillé de même avec le chiffre " 4 "
Bombe émaillé de blanc
Lettres G et F entrelacées
50 X 28 mm et bombe de 21
(Les couleurs écarlates et azurs évoquent les couleurs séculaires des uniformes du corps)
Ainsi que les couleurs nationales bien évidemment !
Collections : Pascal P. & ZIELINSKI R.
Dos lisse et plein à gauche). Il existe une variante emboutie avec dos en creux à droite et épingle à bascule.
Les deux : sans Marque de fabricant.
Fixation : épingle soudée verticalement à gros boléro.
50 X 28 mm et Ø 21 pour la bombe.

 

Insigne de la 4ème L.G.R.M.
Du Type 1 à Gauche (le plus courant, des deux modèles rencontrés : bandeau sans émail)
Ecu français à fond bleu et rouge opaque, Grenade de la Gendarmerie avec une croix de Lorraine émaillée rouge posée sur une Masse d'Arme* et une Epée* croisées
Au bas piquets et fils barbelés
Et le chiffre " 4 " émaillé dans la bombe
Dans le bandeau :
LOI ET PATRIE (42 X 23 mm)
* Armes traditionnelles de la Gendarmerie !
La " 4 " était stationnée pour moitié à Nancy et à Strasbourg
Dos lisse
Marquage au bas sur 2 lignes : ARTHUS-BERTRAND
PARIS DEPOSE.
Fix : épingle soudée verticalement à grosse pastille pleine avec le poinçon carré typique de A.B. de cette période sur le boléro (on trouve parfois le poinçon à droite, cela vient en fait du soudeur lorsqu'il positionne la pastille (boléro) sur l'épingle.(ne pas se focaliser dessus, ce n'est pas une variante rarissime…)
Variante de la 4ème L.G.R.M. du Type 2 (moins courant)
avec les mêmes symboles, émail rouge translucide et bandeau émaillé bleu...
Dos identique.

 

Brigades de Gendarmerie-Frontières
Insigne inspiré du Mle de la 4ème L.G.R.M. mais sans la masse d'arme et l'épée !
Et lettres G et F dans la bombe, respectivement en bleu et en rouge.
Modèle beaucoup plus petit :
30 X 20 mm
Dans le bandeau : POUR LA PATRIE PRETS
Dos lisse : marquage vertical ARTHUS-BERTRAND DEPOSE PARIS avec un poinçon carré en relief
Fix : épingle soudée verticalement à grosse pastille pleine marquée en cercle : ARTHUS-BERTRAND RUE DE RENNE et poinçon carré en relief et au bas :
XX E RON (pour 20ème Région
Intéressant Panneau en bois finement sculpté : synthèse de la 4ème Légion de Garde Républicaine Mobile, mais avec la devise des Brigades de Gendarmerie-Frontières !

 

Un curieux et mystérieux modèle sans bandeau a fait son apparition en Octobre 2009, faisant fantasmer quelques collectionneurs naïfs ! Prototype, bidouille ?
Chacun y va de son commentaire.
La photo ici est de très mauvaise qualité, mais si le travail côté face est propre : meulage net, épaisseur du filet de métal limitant l'émail en haut est régulier et sans trace de limage ou de machine outil, (et pourrait donner le change…) il n'en est pas de même au dos !
Soyons réaliste ! C'est tout sauf du boulot d'AB de l'époque, la soudure dégueule comme la loctite sur les insignes Leblond...avec une épingle de traviole ! (de même que chez Drago, Fraise Demay, Courtois, Etc) cet insigne ne serait jamais passé au contrôle en fin de chaîne avant livraison, c'est la réputation de la firme qui est en jeu) le sagouin auteur de cette infamie aurait été viré de suite !
l'intérêt d'un tel bricolage : en faire une variante rare et inconnue donc très chère...faisant oublier l'éclat d'émail assez important à 9 H 00. Vous voyez un commercial vous donnez une carte de visite personnelle ou professionnelle avec des traces de gras de frites, de doigts ou des bavures d'encre ?

 

Issue des pelotons mobiles de la Gendarmerie départementale créés au lendemain de l'Armistice de 1918 pour assurer, en remplacement de la troupe les missions de maintien de l'ordre, la Garde républicaine mobile forme à partir du 10 Septembre 1926 et jusqu'à sa dissolution en 1940 une nouvelle subdivision de la Gendarmerie Nationale.
Bien que n'étant pas par destination une troupe de manœuvre et de combat son organisation est militaire et relève du ministère de la Défense nationale et de la Guerre.
Présente lors des grands rassemblements de personnes, engagée systématiquement pour maintenir et rétablir l'ordre, la Garde républicaine mobile assure également la sécurité des travaux de construction de la ligne Maginot où, fin 1935, un réseau permanent de surveillance de la frontière est établi par décision ministérielle suite à une Ce dispositif, destiné à faire échec à toutes attaques brusquées, est confié à la Garde républicaine mobile qui met sur pied, en 20° et 6° région militaire, plusieurs pelotons frontières motocyclistes proposition du gouverneur militaire de Metz.
Chargés d'alerter, de tenir sous le feu les obstacles, d'assurer la mise à feu des moyens de retardement afin de permettre l'armement des ouvrages fortifiés, les pelotons sont installés au plus près de la frontière devenant ainsi les avant-postes de la ligne Maginot dont ils portent l'insigne.

 

Fin août 1939, la GRM de Moselle mobilise ses Gardes Frontaliers, occupe ses blockhaus et met sur pied ses compagnies frontières et assure parfaitement la première couverture de notre dispositif.
Dès le 7 septembre 1939, la 2° compagnie frontière de Bouzonville pénètre en Sarre et, au mépris des actions des Grenzschutz (1) nazis, occupe durant 20 jours les localités de Ihn, Bedersdorff et Niedaldorff, truffées de mines.
Mais les unités de GRM de Moselle sont également présentes sur le Pays-Haut, la Moselle, dans le Warnd, le pays de Bitche et ce sont elles qui compteront dans leurs rangs les premiers décorés de la Croix de Guerre 1939-1940 et aussi les premiers morts de ce conflit.
(1) leurs homologues Allemands.

 

Le très Rare insigne du Peloton Moto de BOUZONVILLE (Fab. G.MORET PARIS 79 Faubourg du Temple.) (Col. Musée)
l'insigne est cousu sur un cuir. l'émail rouge translucide peut- être clair ou grenat.

 

l'Insigne général de la Ligne Maginot existe en X fabrications, d'où presque autant de variantes(petites différences (tailles et graphismes) (ici sans marque de fabriquant ! Ø 35 mm
 

 

Département de la Moselle : 35 Km sépare Metz et Bouzonville

 

Implantation des unités.
Source : La Garde Républicaine Mobile de Moselle de 1927 à 1940

 

ZIELINSKI Richard Remercie : également
FILMOTTE Richard (SHGN, Doc)
Le Musée de la Gendarmerie (77 à Melun)
Monsieur GAUTIER Roland : et son Site de :
PROVENG Pascal.
La Garde Républicaine Mobile de Moselle de 1927 à 1940 :
Ainsi que HECKEL Christophe
sur lequel j'ai puisé de nombreuses informations
ZIELINSKI Richard Aix en Provence Août 2015

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